« Je ne savais pas qu’un diabète de type 2 pouvait avoir tant de conséquences », rapporte Jean-Marie. À 57 ans, l’enseignant sédentaire attend sa retraite. Il ne fait plus de sport et ne fait plus grand-chose d’ailleurs ! Son amie avec qui il est pacsé est plus jeune, et Jean-Marie se fait du souci pour cette période de vie à venir et pour sa relation à laquelle pourtant il tient, après un premier divorce douloureux. « Je ne me suis pas bien pris en main et j’ai laissé les choses filer. Du coup, fatigue physique dès que je m’active, surpoids et syndrome métabolique, diagnostic de diabète, problème d’érection. J’ai fait un vague régime, mais le temps passe et je me rends compte que je vais droit à la séparation si je ne me secoue pas. » Le mode de vie actuel est à l’origine de nombreuses modifications des comportements, concernant l’hygiène en général, l’activité physique, la nutrition. L’amélioration des moyens de transport par exemple n’incite plus à marcher autant qu’avant. Tout en conservant le même comportement alimentaire, les dépenses caloriques quotidiennes sont réduites ; ceci va provoquer avec le temps une modification du métabolisme, c’est-à-dire de l’utilisation des sucres et des graisses qui proviennent de l’alimentation conduisant soit à une adiposité soit à un syndrome métabolique, dangereux pour la santé. Troubles métaboliquesL’étude MMAS (Massachusetts Male Aging Study) fait apparaître que la survenue d’un syndrome métabolique est fortement corrélée à la présence de troubles de l’érection chez les sujets ayant un indice de masse corporelle supérieur à 25. Les troubles de l’érection seraient alors un élément prédictif, un signe annonciateur de la survenue d’un syndrome métabolique et justifieraient alors les explorations à la recherche de ce symptôme. « On s’est rencontrés juste avant notre trentième anniversaire. Ce fût un coup de foudre ! » Depuis, David et Emma ne se sont plus quittés. Aujourd’hui, après 15 ans de vie commune et deux enfants, Emma raconte : « David, aux dires de tous, est un joyeux luron. Physiquement, il a toujours été « rond », mais ce n’est pas pour me déplaire. On s’entend bien, on rit beaucoup et puis tout est bien entre nous. Seulement voilà, depuis 6 mois, David a quelques pannes sexuelles et même si nous dédramatisons, ça nous inquiète ! Je me dis qu’il doit être fatigué. Il est stressé, il voyage souvent et a de nombreux repas d’affaire. D’ailleurs il a beaucoup grossi ces cinq dernières années. D’ «enveloppé », il est passé au surpoids ! Mais bon, je ne vois pas le rapport avec la sexualité ! » Les préventions de la sédentarité et du surpoids sont des éléments essentiels pour réduire l’incidence du trouble du métabolisme et éviter les risques associés comme les troubles de l’érection. On le voit, les troubles de l’érection ne sont pas un trouble isolé. Ainsi, outre ces raisons métaboliques, et celles liées à l’âge (stimulation plus longue, érection moins rigide et parfois orgasme moins intense ou plus long à obtenir), il existe des origines vasculaires à une érection décevante : elles correspondent à une insuffisance de l’arrivée de sang dans le pénis. Insidieuses, elles évoquent des maladies des parois artérielles qui sont provoquées ou favorisées par d’autres causes : le tabac (risque multiplié par 2), le diabète (excès de sucre dans le sang), l’hypertension artérielle, un excès de cholestérol ou des maladies cardiaques. Plus spectaculaires sont les causes neurologiques des troubles de l’érection : on les évoque lorsque le message qui va du cerveau ou de la moelle épinière au pénis est interrompu ou mal transmis. C’est le cas dans les traumatismes de la moelle qui entraîne une paraplégie, dans la sclérose en plaques, ou après une chirurgie nécessitée par certaines tumeurs de la prostate, de la vessie ou du rectum. Et si c’était la déprime… Une autre origine des troubles de l’érection peut être est la dépression. 8 % des hommes ont souffert, souffrent ou souffriront d’une dépression à un moment ou un autre de leur vie. Il s’agit d’un trouble de l’humeur. Il se caractérise par la persistance des symptômes tels que les troubles du sommeil, le manque d’énergie et de motivation, la perte d’intérêt, une certaine irritabilité, un mal de vivre. Ces symptômes ont un impact sur le fonctionnement sexuel, notamment par le biais de la perte d’intérêt et de désir et un mal de vivre persistant qui peut alors activer les troubles de la sexualité. Ainsi, chez l’homme déprimé, les troubles de l’érection peuvent être causés par la dépression elle-même, ou par les effets secondaires de certains médicaments utilisés pour la traiter. Par ailleurs, les troubles de l’érection détériorent souvent l’estime et la perception de soi-même. Ils peuvent rendre l’homme anxieux face à la possibilité d’échec de l’acte sexuel. La dépression et son cortège d’effets délétères s’installent et impactent la vie du couple. Marc a 31 ans, il habite avec Émilie depuis 8 mois.
« On avait tout pour être heureux. Et puis tout à coup j’ai fait un nouvel épisode dépressif. Chute de ma libido, baisse du désir, irritabilité, j’étais mal, et pour Émilie ce n’était pas évident. J’ai failli la quitter d’ailleurs. Un suivi avec un psychiatre et un traitement médicamenteux me remettent sur pied et ça va mieux pour notre couple, car si une panne survient on connaît son origine et on dédramatise. Mais c’est une expérience difficile à traverser ». A l’heure de la prostateParmi les soucis et les craintes de santé les plus souvent cités par l’homme de plus de 40 ans, on cite le problème prostatique. La prostate est une glande qui fait partie de l’appareil reproducteur masculin. Elle est située sous la vessie. Cette glande est traversée par l’urètre, le canal qui transporte l’urine et le sperme. Quand un homme prend de l’âge, sa prostate peut grossir ; on parle alors d’adénome de la prostate ou d’hypertrophie bénigne de la prostate. Elle provoque des envies d’uriner plus fréquentes parfois très gênantes, mais sans danger. En revanche, la prostate peut être parfois envahie par des tumeurs, dites cancéreuses. Le cancer de la prostate se soigne bien aujourd’hui, surtout s’il est dépisté précocement. Le problème réside cependant dans les effets secondaires des traitements à base de rayons et/ou l’intervention chirurgicale. En effet, ils perturbent presque toujours la sexualité, et le désir est souvent diminué. Mais ce n’est pas irrémédiable. Ainsi, à 69 ans, Alain a été opéré d’un cancer de la prostate. Deux ans après l’intervention il se souvient : « Nous sommes mariés depuis presque 48 ans avec ma femme et j’ai toujours eu du désir. Ce problème de prostate m’a cependant mis à plat, si je peux m’exprimer ainsi. J’étais désespéré, et très énervé aussi face à mon impuissance… je n’avais plus d’érection. Après 12 mois d’insatisfaction, nous en avons parlé avec le médecin. Il m’a prescrit un traitement, un IPDE5, c’est un médicament pour l’érection. Je ne savais pas que cela pouvait être aussi efficace ! La fonction érectile est revenue stimulée par mon désir et puis par ma femme ! » Si pour Alain c’est à près de 70 ans que la question de la prostate s’est posée, c’est souvent après la cinquantaine que les hommes prennent conscience de cet organe. Ils sont alertés par une gêne ressentie ou par leur médecin traitant qui leur propose un dépistage annuel du cancer de la prostate (taux de PSA et toucher rectal). Encore de belles histoires de couple Il y a encore peu de temps, la sexualité des seniors était relayée loin derrière les préoccupations de santé et le souci du maintien de qualité de vie. En raison de l’allongement de l’espérance de vie, le 3e et le 4e âges sont amenés à vivre une sexualité sans les contraintes de la reproduction et surtout à assumer leurs besoins sexuels, légitimes et naturels. On le sait, le couple peut s’éroder avec le temps. À en croire une étude de l’INED (Institut National des Études Démographiques), on dénombre 21 28 % de divorces en plus chez les femmes après la soixantaine (contre 39 % chez les hommes). Et, si l’on y ajoute le risque de perte du partenaire, on pourrait naturellement penser que les seniors se retrouvent seuls. Pourtant, presque la totalité des divorcés retraités se remettent en couple. Et une fois remariés, 57 % des hommes et 54 % des femmes disent avoir une vie sexuelle active. À cette tranche d’âge, vivre en couple est un facteur essentiel pour préserver une sexualité. Cependant, il faut savoir que la vieillesse s’accompagne de processus physiologiques (ménopause pour les femmes et andropause pour les hommes) qui modifient les relations sexuelles. Chez la femme, la baisse des hormones sexuelles induit non seulement la perte des menstruations mais aussi de nombreuses transformations de l’organe génital. Conséquences : sécheresse vaginale et perte d’élasticité des tissus augmentent les risques d’infections, rendant parfois le coït douloureux. Il en résulte une baisse de libido. Pourtant, plus on maintient une activité sexuelle régulière et moins ces désagréments se font sentir. Autre conseil : l’utilisation de lubrifiants peut aider au confort des rapports. Chez l’homme, l’andropause ne correspond pas à un phénomène bien précis : il n’y a pas d’arrêt brutal de la fertilité ni de l’activité sexuelle. Néanmoins, on sait qu’une proportion non négligeable d’hommes a un déficit de sécrétion de testostérone qui peut s’accompagner, entre autres, de symptômes sexuels. « C’est un patch que j’applique sur ma peau qui m’a aidé ! Même si je suis jeune (j’ai 51 ans), j’ai ce qu’on appelle un déficit androgénique. C’est insidieux : irritabilité, diminution de la libido, problème de dysfonction érectile. Au début j’ai mis ça sur le compte de mon divorce… et puis j’en ai parlé au médecin généraliste et il a procédé à des dosages biologiques qui ont confirmé ce problème ». Patrick est traité à l’aide d’un dispositif transdermique, un patch indiqué dans le traitement substitutif d’un déficit en testostérone. Un traitement adapté à son problème qui induit une vraie surveillance médicale mais qui a redonné confiance à Patrick.
Un fragile équilibre Des perturbations métaboliques, un moral qui n’est pas au beau fixe, un problème urinaire ou un souci gynécologique chez la partenaire pourront avoir un retentissement sur la fonction sexuelle de tout individu. Rappelons que les érections sont provoquées par des stimulations d’ordre psychologique, sensoriel et physique. On parle alors de désir, associé aux sons, aux odeurs, aux images et au toucher et à la stimulation des zones érogènes. Avoir un problème d’érection, c’est être dans l’incapacité d’obtenir ou de maintenir une érection suffisamment ferme et durable pour permettre des rapports sexuels satisfaisants. Ce problème a un retentissement sur le comportement d’un homme. Il ressent un sentiment de honte et de dévalorisation, voire de culpabilité. La crainte de l’échec devient une obsession, ce n’est plus la recherche du plaisir qui gouverne sa sexualité, mais la recherche de la réussite de l’érection. Alors, dans la relation de couple, les conduites d’évitement et le silence peuvent induire des conduites négatives de part et d’autre et entretenir un sentiment de frustration permanente.
Consulter son médecin ou un sexologue La question de savoir aborder le sujet avec son médecin se pose alors. Sur le forum de l’association ADIRS, les patients se plaignent fréquemment de ne pas réussir à aborder leur problème sexuel avec le médecin ou encore de ne pas être entendus ou suffisamment écoutés. Les raisons de cette difficulté de communication sont d’ordres divers: tabous sociaux, éducation, croyances et religions. De plus, la sexualité a une représentation sociale forte car elle se réfère à la masculinité ou à la féminité et donc à une partie de l’identité de chacun. Mais il faut bien comprendre que la sexualité et la santé sexuelle font partie intégrante de la santé. Les médecins gèrent depuis toujours des problèmes liés aux organes génitaux et à la reproduction, et sont sensibilisés aux problèmes liés à la santé sexuelle. Il est donc tout à fait normal d’exposer un problème sexuel à un professionnel de santé. Soit vous évoquez celui-ci avec votre médecin traitant qui pourra vous prendre en charge ou vous orientera vers un spécialiste. Soit vous vous adressez directement à un professionnel de la santé sexuelle : sexologue médecin ou non médecin. Il est important de prendre un rendez-vous uniquement pour ce problème. En effet, le temps semble manquer de plus en plus en consultation et les problèmes sexuels nécessitent du temps pour être pris en charge. Il est donc plus difficile d’être correctement entendu si l’on aborde un problème sexuel dans les dernières minutes de la consultation…
Exprimer sa plainteUtilisez un langage précis. En effet, certains diront « qu’ils ont une baisse de forme en ce moment… », « que ça ne va pas avec leur partenaire ». L’imprécision de ces propos peut rendre difficile l’interprétation de la demande par le médecin. Utilisez des mots comme érection, éjaculation, masturbation, plaisir, orgasme ou lubrification. Plus la demande sera claire et précise plus elle aura de chance d’être comprise et prise en compte. Décrivez l’importance que vous attachez à prendre ce problème sexuel en charge et les conséquences que celui-ci a sur la vie de tous les jours, sur votre qualité de vie ou votre vie de couple. Cela diminue le risque de s’entendre dire par le médecin qu’en raison des autres pathologies « ce n’est pas le sujet actuellement » ou que « ce problème est dû à l’âge et que l’on n’y peut rien… ». Aujourd’hui, par ailleurs, de nombreux traitements sont disponibles. Le premier est le conseil sexuel : il s’agit d’entretiens où l’on discute du problème pour mieux le définir et où on délivre les informations personnalisées ; il peut être associé à un traitement médicamenteux. Plusieurs types de médicaments sont disponibles sur prescription médicale. Ils diffèrent par leur mode d’action, leur mode de prise, leur rapidité, leur durée d’action, leurs effets indésirables et leurs contre-indications, leur compatibilité avec l’alimentation… Le traitement oral est le plus souvent prescrit. Parmi eux, les IPDE5, les plus récents mis à disposition du corps médical, ne favorisent l’érection que s’il y a une stimulation sexuelle. Ils sont contre indiqués notamment chez les patients traités par les dérivés nitrés. Ces pilules sont le traitement de l’érection qui satisfont 60 % à 70 % des hommes souffrant de troubles de l’érection. Les traitements par injections sont efficaces chez certains patients : faites dans le pénis juste avant le rapport sexuel, elles permettent l’érection. Elles sont seulement un peu douloureuses. D’autres traitements, hormonal, mécanique ou chirurgical complètent l’arsenal. L’intérêt pour la santé sexuelle et le développement de solutions thérapeutiques ouvrent des perspectives pour de nombreux patients. Ils peuvent aujourd’hui aborder le sujet sans crainte sachant qu’on peut leur apporter des réponses. Chaque homme a une sexualité différente qui demande une réponse personnalisée. Dr Antoine Lemaire Retour en haut de page.
| Définitions Le syndrome métabolique correspond à l’association d’une obésité viscérale, d’une hypertension artérielle, d’une élévation de la glycémie (sucre) dans le sang, d’une élévation des triglycérides et d’une baisse du cholestérol HDL (= « bon » cholestérol). Le syndrome métabolique conduit à plusieurs syndromes cliniques pathologiques : le risque de maladies cardiovasculaires est multiplié par 4, celui de survenue d’un diabète de type 2 est multiplié par 25 avec pour conséquences directes des troubles de l’érection, conséquence d’une mauvaise irrigation sanguine de la verge. L’indice de masse corporelle ou IMC : c’est le rapport entre le poids en kilo et la taille en m au carré. Exemple : 86 kg / 1m 722 = surpoids, car IMC est égal à 29,06 | IMC inférieur à 18,5 | Maigreur maladive | | IMC entre 18,5 et 25 | Poids normal | | IMC entre 25 et 30 | Personne en surpoids | | IMC supérieur à 30 | Individu obèse |
 Les chiffres 1 homme sur 3 après 40 ans peut présenter des problèmes d’érection. La première étude épidémiologique sur les troubles de l’érection remonte à 1948 (Kinsey).  En savoir plus ADIRS : Association pour le développement de l’information et de la recherche sur la sexualité. www.adirs.org Tél. : 0 825 00 00 10 (0,15c TTC/mn)  Les traitements de l’érection ne sont délivrés que sur prescription médicale après un examen de santé et ne peuvent être délivrés qu’en pharmacie.
La prescription d’un traitement de la dysfonction érectile doit faire l’objet d’un suivi médical régulier. Ne jamais se procurer ce type de médicament sur internet ! |
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