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Enquête

Profession sexologue

Professionnels de santé, les sexologues ou sexothérapeutes affirment leur spécificité pour mieux faire comprendre au public dans quelle mesure leur prise en charge répond à des besoins…

Transparent

Les sexologues, qui sont-ils ?
Médecin généraliste, psychiatre, gynécologue, andrologue, psychologue, infirmier, urologue, psychothérapeute… Depuis 10 ans, parfois 20, 30 ou 40 ans, ils exercent leur activité professionnelle souvent à mi temps, plus rarement à temps complet ; presque toujours en complément ou en plus d’une autre activité. Aujourd’hui, la profession sort de l’ombre, elle est de plus en plus sollicitée, et gagne chaque jour un peu plus en reconnaissance. La motivation principale de ses membres est de répondre à des besoins des patients. « Il y a des attentes, oui, mais aussi, parfois, une certaine connotation négative et une incompréhension du métier qu’on voudrait lever », décrit le Dr Antoine Lemaire, président de l’ADIRS. Aussi, en partenariat avec l’AIHUS, Antoine Lemaire a-t-il mené l’enquête, histoire de photographier le « profil » de ses collègues sexologues, en décembre 2007.

Recherche sexologue désespérément

Il vous suffi t d’ouvrir ou de cliquer sur les pages jaunes à la rubrique « sexologues » pour les trouver : ils sont entre 900 et 1 000 à exercer ce métier en France, dont 420 sont membres de l’AIHUS. Selon l’enquête réalisée par l’ADIRS auprès de 59 sexologues, les consultations de sexologie occupent 25 % de leur temps. Ils sont 1 sur 6 à consacrer 100 % de leur activité à la sexologie ; à l’opposé, 1 sur 6 ne l’exercent qu’occasionnellement. Le sexologue est plus urbain que rural et plus libéral qu’hospitalier, même si certains CHU proposent aujourd’hui une consultation de sexologie, généralement intégrée à un service spécialisé ou un pôle d’activité globale. Le sexologue a une formation initiale médicale ou « psy » (c’est-à-dire psychologue ou psychothérapeute). Pour les premiers, la moitié d’entre eux sont médecins généralistes, les autres sont par ordre décroissant psychiatres, gynécologues, andrologues, urologues et endocrinologues. Les non-médecins sont, pour la majorité, psychologues (c’est leur formation initiale), et pour 30 % essentiellement des paramédicaux (kinésithérapeute, infirmier, sage-femme). Ces professionnels ont suivi un DIU (diplôme inter universitaire) de sexologie ou une formation reconnue. Le groupe professionnel est structuré au sein d’associations qui contribuent à l’organisation de formations et de manifestations scientifiques ainsi qu’à la formulation de règles déontologiques. Pourtant le sexologue a souvent besoin de se justifier : « On ne demande pas à un cardiologue pourquoi il fait de la cardiologie. Le sexologue doit souvent s’expliquer sur ses motivations et son parcours professionnel. Pour ma part, je suis un médecin comme les autres qui s’intéresse à la sexologie pour la prise en charge de l’individu dans sa globalité, organique et psychologique », fait remarquer le Dr Lemaire. Les sexologues médecins peuvent pratiquer des examens cliniques, prescrire des traitements pharmacologiques et avoir aussi une approche comportementale ou psychiatrique. Les sexologues non médecins, de leur côté, ont un autre type d’activité : ils pratiquent plus la thérapie de couple, ou proposent un accompagnement individuel, une thérapie de soutien, la gestal-thérapie (fondée sur l’expression des émotions), une approche psychocorporelle voire l’hypnose.

Affirmer son engagement

L’OMS a depuis une dizaine d’années pris en compte la sexualité comme une part des individus. Cet intérêt institutionnel, associé à l’apparition de médicaments de lutte contre l’impuissance masculine, ont favorisé la prise en charge et l’accès à la profession. L’enquête de décembre 2007 indique qu’un tiers des sexologues qui ont participé à l’étude sont motivés par une approche originale, à la fois organique et psychologique, du patient. Vient ensuite cette satisfaction de pouvoir aider les personnes en difficulté sexuelle afin qu’ils retrouvent l’épanouissement qui manque à leur vie personnelle. Le public est désormais plus sensibilisé à la démarche de consultation. Les femmes, par le biais de leur gynécologue, les hommes par l’ensemble des spécialistes dès lors qu’un trouble de l’érection survient, en rapport avec un problème cardiaque ou dépressif, ou encore de diabète ou de prostate. En première intention, le patient fait la démarche de consulter un sexologue sur l’avis d’un confrère médical ou sur un conseil plus amical. « Mais le délai entre l’apparition de la problématique et la consultation reste encore trop long », rappelle le Dr Lemaire. La profession doit donc mieux se faire connaître, pour rassurer, donner confiance et pour dédramatiser.
Marie Dirtsa

Dr Marie Chevret-Measson,
psychiatre, sexologue, directeur d’enseignement de sexologie, Université Lyon 1.

Une formation médicale comme la vôtre apporte-t-elle une vision globale pour aborder les problèmes de sexualité de vos patients ?

 Je suis venue à la sexologie par l’infertilité. C’est en rencontrant des couples en mal d’enfant que j’ai envisagé leur souffrance. Les problèmes d’infertilité entraînent souvent des problèmes sexuels. Je ne pratique qu’exceptionnellement des examens gynécologiques et l’essentiel des thérapies se fonde sur le verbal. Dans les entretiens, tout est important : l’histoire médicale, l’histoire sexuelle depuis les premiers rapports, l’histoire familiale et l’histoire sociale du patient. Je m’attache à décrypter ce qui est raconté. D’ailleurs en sexologie, si le tabou des abus sexuels tombe, nous levons le voile aujourd’hui sur un autre problème, celui des contraintes sexuelles subies par les femmes, ce qu’on appelle les gestes ou relations non désirés.

Comment faites-vous la part des choses entre une consultation de sexologie et de psychiatrie ?

La différence entre l’approche psychiatrique ou psychothérapeutique et l’approche sexologique est que, dans le deuxième cas, la présence affirmée ou fantasmée de l’autre est toujours là. Je m’appuie donc sur mes formations diverses pour exercer la psychiatrie et la sexologie et je fais aussi le lien entre les médecins et les non-médecins. En effet, nous avons la chance depuis la création du DU de sexologie à Lyon de travailler en réseau entre sexologues d’origines diverses qui peuvent répondre à des problèmes très variés. Des associations locales de sexologie sont aussi dynamiques et favorisent les échanges. Nous nous réunissons ainsi toutes les six semaines pour des études de cas ou des rapports de recherche.

Recevez-vous des couples ?

Je pratique les sexothérapies et les thérapies de couple. 90 % de mes patients sont envoyés par des confrères gynécologues, urologues ou médecins généralistes. J’ai un cabinet en ville et j’ai gardé une consultation hospitalière afin de répondre aux problèmes de tous. Je reçois des individus ou des couples. Les consultations en couple demandent plus d’énergie et de temps – 60 minutes. Il faut veiller à la répartition du temps de parole, être dans l’observation des attitudes, des silences…

Joëlle Mignot,
psychologue sexologue clinicienne, responsable de l’enseignement du DIU de sexologie, Paris 13-Bobigny

Tous les psychologues ne sont pas sexologues, qu’est-ce qui vous a attiré dans cette démarche thérapeutique ?

J’ai une formation de psychologue psychanalyste et hypnothérapeute. C’est la demande des patients qui m’a poussée à m’intéresser, à me former à la sexologie et à passer le diplôme universitaire de sexologie. Dans les années 1980, nous n’étions pas nombreux à avoir ce profil.

Recevez-vous plutôt des couples ou les gens individuellement ?

Les patients sont envoyés soit par des médecins correspondants, soit par le conseiller conjugal. Ils viennent aussi en première intention sur le conseil d’autres patients, en ayant lu mes articles dans la presse ou parce que j’ai une plaque qui indique ma profession en bas de l’immeuble. Un tiers de la patientèle est formé d’hommes, un tiers de femmes ; quant au dernier tiers, ce sont des couples.

Comment s’organise une consultation ?

Les patients viennent pour un symptôme et/ou une plainte liés à leur sexualité ou à leur couple. Il faut donc être dans l’écoute et l’observation clinique. Notre premier travail consiste à analyser la demande du patient et à établir un diagnostic en considérant le symptôme sexuel dans la globalité de la personne. Il faut faire la part des choses entre les troubles d’origine organique et ceux liés à la psychologie du sujet. Si besoin, on oriente vers un confrère médecin ou un autre professionnel. Le deuxième temps consiste à proposer un cadre thérapeutique. Pour ma part, je travaille sur le lien corps et psychisme. La thérapie consiste à faire prendre conscience au patient du sens de son symptôme et de lui proposer un simple conseil sexologique ou d’aller jusqu’à un travail en profondeur. Je suis dans la verbalisation, dans la réflexion intrapsychique, mais toujours dans le lien avec le vécu du corps à travers l’hypnose. D’autres sexologues auront une proposition plus comportementaliste ou des approches plus sexocorporelles. Une consultation coûte entre 80 et 100 €. Elle n’est pas remboursée par la Sécurité sociale.;

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Quelle est votre motivation principale dans l’exercice de votre profession ?

1. M’occuper d’un problème qui peut à la fois être organique et psychologique m’intéresse au plus haut point.

2. On aide les personnes en difficulté sur le plan sexuel à retrouver un épanouissement dans leur vie personnelle.

3. Beaucoup de patients me parlaient de leur sexualité et je ne savais pas quoi répondre.

4. Il s’agit d’un domaine où chacun peut faire de nombreuses recherches.

5. Parler de la sexualité permet de briser un tabou et de faire évoluer la société.

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