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Santé Sexuelle

Mise au point

La santé sexuelle : une idée moderne

Au cours des années 1970, au beau milieu des processus de « libération sexuelle » marqués par la diffusion de la contraception, la légalisation de l’IVG, la normalisation de l’homosexualité (l’exclusion de l’homosexualité du champ des maladies mentales a lieu en 1973) et les développements de l’éducation sexuelle fondée sur des connaissances précises, l’idée de « santé sexuelle » fait son apparition. Elle est formulée lors d’un séminaire qui a réuni à Genève, sous les auspices de l’OMS, une vingtaine de sexologues européens et nord-américains. Cette idée a fait bien du chemin pour sortir des dossiers confidentiels, accessibles aux seuls spécialistes, et aboutir en 2003 à l’inscription de la « santé sexuelle » à l’ordre du jour des préoccupations de l’OMS. « La santé sexuelle est un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social associé à la sexualité. Elle ne consiste pas uniquement en l’absence de maladie, de dysfonction ou d’infirmité. La santé sexuelle a besoin d’une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, et la possibilité d’avoir des expériences sexuelles qui apportent du plaisir en toute sécurité et sans contraintes, discrimination ou violence. Afin d’atteindre et de maintenir la santé sexuelle, les droits sexuels de toutes les personnes doivent être respectés, protégés et assurés ». Cette idée de « santé sexuelle » s’inscrit de plain-pied dans une lame de fond beaucoup plus ancienne, née au début du XXe siècle avec, notamment, les idées novatrices de Freud. Elle a consisté en une reconnaissance des bienfaits de l’activité sexuelle – je dirais de toute activité sexuelle, pas seulement de l’activité sexuelle visant à la reproduction humaine. Finis les propos menaçants qui faisaient de la masturbation ou des relations sexuelles préconjugales les causes de toutes les maladies possibles et imaginables. Cet « optimisme sexuel » reconnaît enfin que les activités sexuelles et la vie érotique sont « bonnes pour la santé », qu’elles contribuent pour une part importante au bien-être des individus et qu’elles ne nuisent pas à la santé lorsqu’elles restent réglées par un minimum de principes sanitaires et moraux. La « santé sexuelle » repose ainsi sur l’éducation qui permet aux enfants, aux adolescents, aux adultes, mais aussi aux professionnels de la santé de découvrir ces mystères de l’organisme longtemps enfermés sous le sceau des tabous. Elle est désormais accompagnée par le principe des « droits sexuels », qui donnent un fondement légal à la défense, la protection et la promotion de la santé sexuelle. Les violations des droits sexuels de tous les individus, et en particulier des plus vulnérables, sont désormais considérées comme des crimes. La santé sexuelle est une idée moderne qui va continuer à faire son chemin.
Alain Giami,
Directeur de recherches à l’Inserm (Le Kremlin-Bicêtre)

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